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Avant-propos
Plainview, petite ville du nouveau Mexique, était baignée
par la chaleur du printemps. Les températures montaient, en ce
début de soirée, jusqu’à vingt-huit degrés,
ce qui était habituel en cette saison.
C’était d’ailleurs la saison préférée
de Jack Curtis, médecin, réputé pour être
le meilleur de Plainview. Il adorait l’odeur des fleurs fraîchement
coupées, du gazon fraîchement tondu, le son des rires des
enfants qui jouaient dehors… Tout en conduisant, il se surprit
à pousser un long soupir. Il rentrait plus tôt ce soir
: la journée avait été courte. Cette saison était
toujours calme pour lui, et le nombre de malades était moindre.
Il n’avait d’ailleurs vu qu’une dizaine de patients
aujourd’hui, et la plupart d’entre eux n’avaient aucun
problème très important. Il y avait juste Mme Machenzie,
qui se sentait de plus en plus mal. Il ne savait pas du tout de quoi
elle souffrait, mais il se disait que c’était peut-être
à cause de sa vieillesse. Elle avait quatre-vingt douze ans,
et les problèmes n’étaient pas rares à cet
âge-là. Mais, pendant qu’il conduisait sur park-road,
un malaise se fit sentir. Etait-ce à cause de Mme Machenzie,
ou tout simplement à cause des curieux meurtres qui avaient lieu
ces derniers temps ? Même Jack n’aurait su le dire. Mais
plus il s’approchait de sa maison, plus le malaise grandissait.
Pourtant, il était étrangement de bonne humeur, et surtout
plein de vitalité et de force. Cela lui arrivait toujours vers
la fin du mois. Il ne savait pas pourquoi, mais soupçonnait que
cela avait un rapport avec les étranges meurtres dont toute la
ville parlait depuis quelques temps. Les corps, quand ils étaient
retrouvés, se trouvaient dans un tel état, qu’il
était pratiquement impossible de les reconnaître. C’était
d’ailleurs lui qui, le légiste étant momentanément
absent, avait pratiqué les autopsies. Il avait découvert
de curieuses morsures, qui ne provenaient d’aucun animal qu’il
ne connaissait jusqu’à maintenant. Il pensait même
qu’elles provenaient…
Il ne se rendit même pas compte qu’il était déjà
arrivé chez lui. Il fonça dans la poubelle du voisin,
poussa un juron, et refit marche arrière. Il se gara dans l’allée,
et se réjouit d’avance d’être rentré
si tôt chez lui. Sa femme allait être si contente ! Depuis
le temps qu’elle lui faisait la guerre pour qu’il rentre
plus tôt ! En plus, c’était son anniversaire, et
le cadeau qu’il lui avait trouvé était magnifique…Il
ouvrit alors la portière de sa Chevrolet, et sortit. Il lança
un rapide coup d’œil à la lune.
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