La marée monte...

La marée monte, je tire des deux bras.

Les oiseaux rient et je m'enfonce encore.

Mes ongles arrachent les coques.

Mes coudes sont repliés, plantés là.

Je me débats, je lâche tout.

Je ris aussi. Les oiseaux tournent autour des roches.

Le reflux me dissout lentement, dans un spasme avide.

Je hurle et je sens l'eau sableuse entrer dans ma gorge.


Un seul de tes mots si rares a renversé les digues.

Ta main m'a laissé dériver. Je me suis égaré, sans doute.


Une première fois je crache. Ma langue brûle.

Un peu d'air encore, les dents dressées vers les vents du large.

Un liquide aigre et lourd dans ma gorge.

Une dernière fois je crache.

Mes bras s'agitent en silence.

Le sel, mordant. Le bruit des lames, le bruit des larmes.

La nuit descend ses étoiles mortes.


Un mot de tes mots s'est brisé loin de toi.

Mon souffle l'a guidé vers l'abîme.


F. VERMEULIN

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