La Toile

J'aurai vendu mon âme pour quelques vives couleurs

Et versé bien des larmes pour nettoyer le cœur,

De ma palette mâchée qu'a frappé l'ouragan

N'y laissant que la boue de mes tristes tourments


Mais me voilà pourtant face à ce chevalet

Plus raide et froid qu'un arbre enneigé et gelé

Dont le blanc aveuglant, fait se froisser mes yeux

Attendant, impatients un nuage bienheureux


Ne suis-je plus cet artiste, plus ce peintre, ce poète

Qui dessinait enfant sur un sable brillant !

Inspiré par le grain sous ces doigts de savant

Motivé par le bleu qui devant lui s'émiette


J'ai oublié le noir, qui me faisait trembler

Et le rouge qui plus tard sur mes joues s'étalait

Je n'ai plus dans la bouche le goût du fruit trop vert

Et je rêve l'arc-en-ciel, mes mémoires retrouvées


Pour enfin travailler la toile du chevalet



Corinne Esposito


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