Il regarde. Il regarde là ... juste en face de lui, le petit éclair qui court le long du carreau.
Il va venir s'écraser là, tout en bas, sur le rebord gris perle.
Le scénario est immuable. Mais son regard ne l'est pas.
Deux grands yeux noirs s'accrochent à la lumière bleutée qui imprègne peu à peu l'ombre cotonneuse des grands nuages. Bientôt, plus rien ne vivra. Le dernier poste de télévision redeviendra un objet.
Les dernières lueurs disparaîtront appartement par appartement, pour abandonner enfin la ville aux papillons de nuit, à ceux que son exubérance brûlerait.
On en voit parfois de la fenêtre, marchant lentement (seuls les imposteurs, les noctambules amateurs, pressent le pas).

Rio s'enfonce dans le sommeil.

La pluie, en ruisselant partout, éparpille la lumière, qui s'insinue ce soir entre chaque pierre et chaque brique rouge sombre. C'est une rebelle : elle assombrit le jour et vient piquer la nuit de mille étincelles.

Il est parti au hasard, aussitôt le dernier surveillant couché.


Une ruelle. Une maison vide, sans portes ni fenêtres.
Un réchaud et sa flamme bleue, des couvertures, un chien, quatre hommes. On ne boit jamais de café à la pension.
Personne ne pose de question, les visages sont accueillants. Le gobelet brûle les doigts. Un grand échalas au teint buriné allume une  pipe à bec d'ivoire. Le vent s'engouffre par moments dans leur domaine, aplatissant la fumée et soulevant la poussière.

Le gamin s'assoit timidement. Il écoute les histoires de vol, les histoires de vie. Et s'endort la tête en arrière.


Une teinte orangée sur les trottoirs et cette odeur poussiéreuse et moite à laquelle on s'habitue malgré tout et qu'on finit par ne plus remarquer.

Quelques gouttes passent encore dans la lumière des réverbères.

De longues minutes s 'écoulent qui sont autant de djinns, de souffles rampants s'insinuant jusque dans les méandres de l'esprit, bousculant les souvenirs et déréglant les sens.


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Papillon de nuit